Oxymore

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Pointe de Kersécol - Camping de la Plage de Trenez (13.9 km)

Ce matin il fait beau, on quitte notre champ en pliant notre matériel qui sent bon le foin. On saute le petit déjeuner pour éviter de mettre le paysan en colère s'il veut ramasser son foin de bon matin... On marchera jusqu'à la prochaine table de picnic pour cuisiner notre porridge sans crainte.

La vue depuis le champ qui nous accueillis pour cette nuit

Après quelques pas, un brouhaha se fait entendre. Au sortir du chemin, on débouche sur une trentaine de joyeux seniors en t-shirts rouges, en train de faire des photos de groupe sous la direction d'une capitaine à la voix qui porte. On sourit ! On remet les vestes ! Attention aux voitures ! On y va ! Ils partent dans la direction opposée à la nôtre, les décibels décroissent doucement.

Après une demi-heure de marche, surplombant la ria (vallée fluviale envahie par la mer) de Merrien, une jolie table de picnic nous permet de chauffer un thé puis notre mélange de flocons d'avoine, lait d'avoine en poudre, pommes et ananas séchés, dans un peu d'eau. Dans la douce lumière du matin, on déguste le porridge et on prend des forces car il n'y aura en principe aucun bistrot avant le foodtruck de Brigneau, dans 9 km environ.

Ragaillardis, on repart sur le charmant chemin tranquille qui remonte la ria de Merrien, bordé de belles maisons, de jardins magnifiques, et de petites criques où parfois un pêcheur nettoie sa barque avec amour, à petits coups d'éponge sur la coque. Dans tout ce calme, soudain le retour du brouhaha avec une voix forte qui domine. Une huîtrière apparaît au détour du chemin, notre gang des t-shirts rouges est attablé devant huîtres et vin blanc, les décibels montent ! On renonce à essayer de boire un café ici. On préfère poursuivre notre marche jusqu'à rencontrer le pont qui nous permettra de passer de l'autre côté.

La ria de Merrien vue du bout de la rive droite

En rejoignant la côte, une petite maison de pierre légèrement en retrait attire notre attention. Un panneau indique : maison du douanier Houard. Très bien restaurée, elle nous aide à imaginer la vie de ceux qui ont arpenté inlassablement le chemin que nous suivons... Puis le sentier continue en alternant entre végétation rase et haies d'épineux atteignant presque notre taille. Les beaux lézards prennent le soleil !

Oú est passé Charlie ?

On tombe rapidement sur la ria suivante: celle de Brigneau. Notre objectif gastronomique du jour se rapproche: le foodtruck Les Penn Sardines, sur la rive droite. Conseil de passeur. Les meilleures sardines de la côte, cuisinées dans la pure tradition de ce village qui fut un grand port sardinier. Bistro sur roulettes tenu par deux femmes de tête qui en ont fait le nouveau coeur de ce village en voie de désertification. Penn sardines signifie "têtes de sardines", un terme qui désignait aussi les ouvrières des conserveries, dont certaines ont joué un rôle essentiel pour l'acquisition des droits sociaux des femmes en Bretagne, comme Joséphine Pencalet, ce nom signifiant tête dure.

Après avoir passé l'incontournable pont du fond, en redescendant sur l'autre rive, on rejoint un petite route sur laquelle vient vers nous... tout le gang des t-shirts rouges ! En tête la capitaine, qui tonne ses instructions : on traverse en râteau ! Et voilà que toutes ses ouailles réparties sur une bonne centaine de mètres changent simultanément de côté de la route dans une chorégraphie bien rodée. On longe ce train de "re-bonjour" et "encore vous" en riant.

Le fond de la ria de Brigneau
Les fameuses Penn Sardines

Mathilde nous accueille joyeusement et nous propose ses sardines cuites au sel et conservées dans du vinaigre, une merveille de moelleux et de finesse. On les déguste sur du pain avec une bolée de cidre et beaucoup d'eau pétillante, en regardant aller et venir les habitués et les touristes de passage qui se mêlent sur cette grande terrasse. Une jeune femme vivant dans le coin fait découvrir l'endroit à ses parents. Un couple de hollandais avec deux chiens se régale et en recommande. On a de la peine à repartir, mais Mathilde ferme pour aller s'occuper de sa fille encore petite.

On flâne encore un brin dans le petit port où des panneaux très décrépis évoquent la grande époque sardinière, dont témoignent les ruines d'une immense conserverie sur les hauts du village. Des fleurs variées ont envahi tous les recoins... Depuis là, on admire le petit port, le phare et sa digue sur laquelle s'affairent des pêcheurs. Une petite barque à moteur sort du port, nous voyons son capitaine à chapeau de paille aller poser deux casiers à homards à quelques miles de là, puis revenir tranquillement.

On retrouve le bord de mer pour quelques kilomètres jusqu'au petit camping de l'île percée, conseillé par notre passeur avisé. En effet, vue sur la mer, des charmantes places bordées de haies champêtres, un couple de gérants adorables qui nous materne délicatement. Des suisses fraîchement arrivés nous donnent un peu de lessive pour utiliser une machine au lieu de frotter à la main nos habits comme d'habitude, grand luxe !

Petite tente installée, douchés, nous découvrons que nos voisins sont Ron et Betty, les deux hollandais que nous avons vu chez Penn Sardines ce midi. Ils nous conseillent d'aller manger au foodtruck en bord de plage, à quelques pas de là. Un délice selon eux. Bonne idée car nous n'avons plus grand chose à cuisiner dans nos gros sacs.

En effet, la carte est alléchante ! Des "plats à saucer" en entrée, nous testons la purée de patates douces au gros-lait (lait fermenté traditionnel breton) avec ses petits lardons et croûtons, une merveille qui nous fait oublier le petit vent bien frais qui souffle avec persistance ! Ensuite un filet de lieu jaune aux petits légumes, puis une tarte aux fraises que l'on déguste au premier étage, bien au chaud, car une place s'est libérée. Réchauffés et repus, nous nous glissons avec délice dans la petite tente pour une bonne nuit.