Passeur
Etel - Pointe de Gâvres (6.2 + intermède voiture d'Agnès + 10.0 = 16.2 km)


Nous ouvrons les yeux sur un grand ciel bleu, très surpris car la météo annonçait une nouvelle dépression coriace. Deux heures plus tard, nous quittons l'appartement guillerets, mais entre temps elle est là... Vent fort et froid, gouttes de pluies de plus en plus denses... Nous allons boire un café juste à côté pour observer l'évolution, bien au chaud derrière la vitre de la véranda. Après 2h, quelques crêpes et une bonne tranche de discussion avec un couple de plus de 80 ans, venu de Quiberon, le radar des pluies indique la fin des hostilités et le ciel s'éclaircit enfin. Nous quittons avec émotion nos deux compagnons de déluge, qui ont aussi dégusté des crêpes puis une grande coupe glacée "Annie Cordy" pour cette petit dame toute fluette. "Petit bateau grande cale comme je dis toujours" commente le mari du même gabarit, le regard espiègle, face à notre étonnement. Le tout arrosé d'une bouteille de cidre. "On est des bretons bretonnants (ndt: parlant breton), c'est pas ça qui nous fera chavirer !", dit-il d'une voix forte au serveur hésitant. Il est né en 1943, a connu ce temps où presque tous les hommes étaient partis et où chaque famille en pleurait qui n'étaient pas revenus. Il conclut avec l'oeil humide : "les bretons c'était de la chair à canon". Les femmes et les enfants faisaient alors tous les travaux, y compris les plus durs. Lui aussi a ramassé les bouquets de tuiles chaulées pour récupérer les naissains d'huîtres, "ça faisait un sacré poids, tant que c'était dans l'eau ça allait encore, mais pour le monter sur le bateau..." illustre-t-il avec tout son corps arc-bouté. Et après ça, le travail de patience commençait, avec un petit couteau décrocher chaque naissain. Mais le temps passait vite, on faisait ça tous ensemble. Plus tard, il a fait l'école de pêche à Etel, qui était le second plus grand port thonier et sardinier de la Bretagne. Nous voyons les vestiges de cette époque sur les photos anciennes et les tableaux naïfs qui décorent les murs de la ville, mais aussi à la taille du lavoir et à la splendeur des maisons alentour.







Il est 13h30, le passeur doit avoir repris du service après sa pause. Le bateau est sur l'autre rive. Depuis le quai, nous signalons notre souhait de traverser en agitant le petit drapeau jaune coincé dans la barrière. Et ça fonctionne, il se met en route et vient doucement vers nous. Bienvenue a bord, il est calme et jovial. Deux euros par personne, on peut payer par carte si besoin. C'est sa deuxième semaine, le travail lui plaît, ça permet de discuter avec les gens et de prendre son temps. Il nous donne quelques tuyaux avec les yeux brillants : un camping tout au bout de la presqu'île de Grâves, un endroit de bout du monde, avec un petit café alternatif ouvert tous les jours, tenu par une association à but écologique. Vous allez aimer! C'est pas sur le GR34 mais c'est décidé, on ira!



Nous remontons la rivière d'Etel pour aller jusqu'à la route nationale et rejoindre le prochain village, Plouhinec. Le GR34 passe dans les terres sur cette portion, et nous avons besoin d'avancer si nous voulons atteindre Pont-Aven. Alors nous ferons du stop pour quelques kilomètres.


















A peine installés à la sortie du village pour tendre le pouce, déjà une femme à l'air particulièrement gentil s'arrête. Elle ne va qu'au prochain village. Ça tombe bien nous aussi ! Elle marche aussi sur le GR34 avec des amies, par petites portions. C'est tellement beau. Nous sommes d'accord. Elle finit par nous proposer de dormir chez elle. Nous la remercions et souhaitons tout de même aller jusqu'à Gâvres pour suivre les conseils du passeur. Il nous reste 9 km, ça va bien.















Nous avançons pendant des kilomètres sur la fine bande de terre qui fait de Gâvres une presqu'île et sert visiblement de digue. A droite une baie paisible avec des villages de l'autre côté. A gauche le sable et l'océan grondant. Face à nous le vent puissant, et tout au bout un village se dessine petit à petit. C'est le bout du monde. Et au bout du village, il y a un camping désert. L'embarras du choix pour trouver la meilleure place !

